Le Cirque Rouge

avril 16, 2008

LA FORFAITURE, DIXIT LE PETIT ROBERT (…)

Classé dans : La forfaiture, dixit le Petit Robert (…) — rambla @ 8:07

 

Le mot  forfaiture. Dans un écrit littéraire, vous pouvez le prendre dans le sens plus large de manque de loyauté. Enfin, dans le droit, la forfaiture est une violation par un fonctionnaire public, un magistrat, des devoirs essentiels de sa charge.

Certains criminologues professionnels disent volontiers concernant les criminels ayant commis des actes abominables : « Ils aménagent la réalité au détriment de la vérité pour vivre leur infamie » Je n’ai pas la prétention de détenir aujourd’hui la vérité, mais dans mon affaire, la mort de mon enfant, j’ai sûrement plus de droits que ces révisionnistes, ces désinformateurs patentés de l’Histoire judiciaire,  pour  exposer mon avis sur une vérité que j’ai mieux cernée après m’être livré à quelques échanges épistolaires avec l’ancien ministre de la Justice de François Mitterrand, Robert Badinter, qui pantoufle désormais, bardé de doutes, sous les lambris dorés du Sénat.

L’affaire RANUCCI, mon affaire telle qu’elle a été mise en scène  dans le roman « Le Pull-over rouge » tend à critiquer, à calomnier la police, et à décrédibiliser la justice. A aucun moment, des dires mêmes de Gilles Perrault, l’opération n’a été réalisée dans le but de sortir de l’embarras les protagonistes de l’affaire, qui sont, selon lui, sont tous des minables ! Ce grand mépris, à l’endroit même de Christian RANUCCI et des nombreux acteurs gravitant autour du dossier (les avocats, les témoins) annonce la couleur.

Tout cela ne servant en fait que de prétexte à une habile manipulation politique conduite de main de maître par l’extrême gauche française, le lobby abolitionniste dont Gilles Perrault est indiscutablement l’un des plus fervents militants.

Passé maître dans l’art de la désinformation, après avoir servi un temps consciencieusement Constantin Melnick, transfuge du KGB, Perrault avait bel et bien retenu de son maître à penser le B-à-Ba  de la subversion, l’art de la guerre intellectuelle, de l’intérieur… avec des mots pour projectiles et le pouvoir politique pour cible.  J’en veux pour preuve l’un de ses livres, fort éloquent pour ce qui concerne sa façon « utile » d’écrire pour protéger le bourreau de Treblinka…  et tenter ainsi d’égarer ses poursuivants. Ou, plus sordide, comme dans le « Faites entrer l’accusé » consacré à Luc Tangorre, où Gilles Perrault, acculé, reconnaît à voix basse qu’il s’est trompé dans cette affaire en défendant Luc Tangorre la première fois qu’il a été condamné pour plusieurs viols et que, à cause de lui et des autres membres de leur précieux comité de soutien, deux jeunes Américaines ont encore pu être été violées par ce triste individu.

 

Mais revenons-en à ce qui nous concerne directement. L’avocat Jean-Denis BREDIN fonde en 1965 avec Robert Badinter un cabinet d’avocat,  connu pour son intense activité d’avocat plaidant et son engagement pour les « grandes causes historiques ». Outre de nombreux ouvrages et articles juridiques, Jean-Denis Bredin  écrit beaucoup, sur l’art de l’éloquence et sur la profession d’avocat. Il est donc mandaté pour engager auprès du ministère de la Justice, une première demande de révision du procès de Christian RANUCCI,  à la demande de sa mère, Héloïse Mathon, et de son comité de soutien. Le dossier judiciaire est malheureusement vide de tout élément probant nouveau qui permettrait aux avocats de déposer cette requête en l’état de leurs connaissances. Jean-Denis BREDIN prendra alors attache avec Gilles PERRAULT dont il n’ignore pas la sulfureuse réputation, et les amitiés dont il bénéficie.

Très vite, mis au fait qu’il va pouvoir guerroyer contre le président Valéry Giscard D’Estaing dont il n’est pas le disciple, Perrault va se rapprocher de Gilbert Collard, avocat de la famille de la victime dont il sait, grâce à la presse, que c’est un jeune homme aux dents longues, avec une grande soif de célébrité. Ainsi, Perrault  ne doute pas du ralliement de ce dernier pour engager sa prochaine croisade contre la justice et la police.  

Malheureusement le dossier  judiciaire est ce qu’il est, mais pour l’époque, en 1974, il n’y a rien à en dire. Et depuis la condamnation et l’exécution de Ranucci, rien de nouveau, ni de méconnu, qui, au sens de la loi, justifierait une demande en révision, rien n’a été découvert. Qu’à cela ne tienne, l’écrivain Perrault a un talent que l’on ne peut méconnaître et le mensonge, le travestissement des faits ne rebutent pas le plumitif. Il va très vite trouver quelques petits détails insignifiants et sans conséquence réelle de procédure, qui, mis en valeur, retouchés, malmenés apparaîtrons après une savante réécriture, comme des anomalies sérieuses et significatives de dérives procédurales au lecteur lambda se penchant sur le dossier d’enquête qu’il présente au travers du « Pull-over rouge », fatras d’élucubrations plus à même de convenir aux desseins qu’ils se sont fixés. Avec le ralliement de l’avocat de la partie civile, Gilbert Collard, Perrault dispose du dossier d’instruction complet, il n’a donc nul besoin de perdre son temps dans une contre-enquête fastidieuse sur le terrain, et ne s’attarde donc pas plus que nécessaire à Marseille. Mais, par précaution, afin de disposer d’un témoin de poids si nécessaire pour accréditer la thèse d’une « contre-enquête menée sur place », il s’autorise un bref détour dans ma cuisine. De son ancien statut d’avocat stagiaire qu’il a pratiqué un temps au cabinet de Maître Peyrolles, son père, le rejeton en a tiré l’avantage de pouvoir  lire seul  les PV (Procès-verbaux). Ainsi la mise en forme du manuscrit « Le Pull-over rouge» sera très vite achevée. Déjà à l’époque,  bénéficiant de bons relais politiques, et en particulier dans la presse engagée de l’extrême gauche, son éditeur peu regardant, mais fort d’un précédent succès littéraire, met le paquet et la promotion fait le reste. Un énorme succès financier. Sous la plume alerte et complaisante, Christian  RANUCCI  jeune pédophile criminel de 20 ans, se transforme en enfant de cœur, un modèle de vertu qui aurait même une petite amie ! Un jeune à peine sorti des jupes de sa mère que les policiers de la brigade criminelle de Marseille, dans le but de  classer rapidement leur investigations, n’ont pas hésité une minute à présenter comme un coupable, n’hésitant pas pour cela à commettre la pire des forfaitures, l’envoyant à l’échafaud à la place d’un autre, qu’ils n’ont pas pris la peine de rechercher ! La justice est donc bien en cause. Valéry Giscard d’Estaing, a failli, et Gilles Perrault le rend responsable de cette vilénie. Les nombreux lecteurs restent embarrassés. La rumeur que distille le livre s’installe, prend ses marques durablement. La ligue des abolitionnistes – Perrault en tête – se frotte les mains du bon tour qu’ils ont ainsi joué au pouvoir en place.  Jean-Denis Bredin, satisfait de la commande et du résultat, a donc répondu en tous points à l’attente de sa généreuse cliente, de ses récents amis, en leur remettant  en main un dossier de requête présentable. Et le fait que celui-ci comporte plus de 200 graves anomalies résultant soi-disant d’une instruction  bâclée, à l’emporte-pièce, ne constitue qu’un détail. Le scandale prend de l’ampleur et attise la curiosité des lecteurs pour le plus grand  profit des groupes de presse et des journalistes en particulier.

1981, François Mitterrand élu Président, Badinter – dont le nom est encore sur toutes les lèvres – est aussitôt nommé ministre de la Justice. Sauf que pour notre petit Robert, ministre c’est bien… mais faire passer une loi à son nom, c’est encore mieux, et c’est le souhait le plus cher de l’avocat d’affaires.  Aussi Badinter n’hésite pas une seconde à reprendre à son compte le soupçon d’erreur judicaire que dénonce le livre de l’ami Perrault. Et comme Badinter dispose d’un talent d’orateur, il évoque le doute dont la rumeur et le petit livre rouge  font état, et va donc convaincre aisément les tous récents députés de sa majorité de gauche.  Fort de son doute évident, sérieux, qu’il met en avant,  et comme il n’est surtout pas question de s’opposer au garde des Sceaux de Mitterrand, à la volonté du Tout-puissant, Badinter  obtient le vote à la majorité des voix de « sa » loi : l’abolition de la peine de mort. Le tour était joué. Mais Robert ne sait pas encore qu’il vient ainsi de se tirer une balle dans le pied ! Et peut-être, premier souvenir et conséquence du geste audacieux, il est publié une hallucinante photo de lui à la Une de la presse parisienne, le figeant à tout jamais, son visage marqué d’un rictus de haine évidente alors qu’il  défend son projet de loi devant des députés frappés, eux, de stupeur !

Ce serait donc vrai. Puisqu’il l’affirme, lui le ministre de Mitterrand, haut et fort, bon sang ne saurait mentir. Le doute n’est décidément pas acceptable, plus permis. Cette loi va enfin laver l’honneur de la justice qui en a bien besoin au sortir d’erreurs abominables commises sous Giscard.

Oui mais, car c’est vrai, il y a toujours un sérieux doute  chez certains hauts magistrats. Et si tout cela n’était que mystification ? 

Le doute sérieux avancé seulement par Badinter, résultant de l’alliance de la Carpe et du Lapin ! S’appuyant sur les dires grotesques d’un romancier ? Si tout cela n’avait été possible que grâce à un montage politique, une basse manipulation  pour servir à des fins personnelles et partisanes. Avait-on vraiment osé au plus haut sommet de l’Etat passer outre la volonté du peuple français ? Oui, malheureusement et c’est d’autant plus grave que cinq ans plus tôt, dans un texte daté du 29 mars 1976 et sous sa signature d’avocat à la Cour, Maître Badinter avait écrit : “Il faudrait que la question de la peine de mort soit soumise à référendum. Je crains cependant que ce ne soit pas demain qu’un homme politique ait le courage de soumettre cette question à la décision populaire.” Le fait qu’en 1981, 56 % de la population française était favorable au maintien de la peine capitale a dû beaucoup contribuer à son revirement. Mais de cela, le petit Robert n’en fait surtout plus état !

 Avait-on menti sciemment à l’ensemble des députés français avec l’assentiment du président François Mitterrand. Avait-on violé la loi, l’éthique, la morale… Là, la question  devient très embarrassante aujourd’hui encore et il n‘est pas de bon ton d’envisager de faire repentance sur le sujet. En tout cas, Nicolas Sarkozy et Rachida Dati ne veulent pas, de près ou de loin, être confrontés à la dure réalité.

 L’Histoire nous apprend qu’en matière de mensonges, Mitterrand n’était pas en reste. Avec le faux attentat de l’Observatoire, les mensonges sur sa santé, sur sa famille morganatique, ses maîtresses qu’il espionnait en douce, les affaires du sang contaminé, j’en passe et pas des meilleurs j’ai moi aussi un doute sérieux sur la moralité des illustres personnages en cause qui s’arrogent le droit de se poser en donneurs de leçons.

Alors, a-t-on trahi la confiance du peuple en 1981 ? Savait-on alors toute la vérité, rien que la vérité sur l’affaire RANUCCI ? La Cour d’Assises répondait OUI à la majorité des voix !

Sans aucun doute Valéry Giscard d’Estaing savait. Son ministre de la Justice avait lui aussi toutes les cartes en mains. Les plus hauts magistrats de France connaissaient tous la vérité sur le dossier criminel de Christian Ranucci. Ils n’avaient aucun doute sur le fait que Ranucci  était un jeune pédophile, qu’il aimait un peu trop les enfants des autres. Qu’il était un récidiviste en matière d’enlèvement. Bref, que Ranucci était bien devenu, par la force des choses, un criminel. Il n’y eût donc pas de grâce présidentielle pour lui. Pas de salut pour les salauds. Mais c’était à une autre époque, une époque lointaine où le peuple de France était encore souverain.

Seulement  voila, après 1981 il n’était plus question d’une façon ou d’une autre d’aborder le sujet. La raison d’Etat ! Le ministère de l’Intérieur, sous l’autorité de feu Gaston Defferre, n’autorisera pas les fonctionnaires de la brigade criminelle de Marseille nommément mis en cause pour forfaiture par Gilles Perrault d’intenter une action en justice contre lui. Le puissant syndicat des Commissaires de police par la voix de son président n’est pas entendu de son ministre. L’Omerta sur l’affaire doit devenir la règle et pas question de laisser une poignée de fonctionnaires transgresser ce qui va devenir la règle au fil du temps : pas de vagues. Un enterrement de première classe, avec les compliments de la Chancellerie.

Il faudra attendre l’année 1989 pour qu’enfin les policiers de la Brigade criminelle de Marseille, le Commissaire Alessandra en  tête, passant outre l’autorisation de leur hiérarchie, la fronde des policiers ulcérés envoient Gilles Perrault au tribunal suite à une émission provocatrice présentée par  la chaîne de télévision FR3 [France 3 depuis septembre 1992], à une heure de grande écoute. L’émission, sous-titrée « QUI A TUE RANUCCI ? », annonce la couleur et les prétentions de ses initiateurs, qui laissaient volontairement augurer que la police ou la justice seraient bien prises à partie, déclarées responsables de l’exécution d’un jeune garçon innocent, coupé en deux sur l’échafaud sur un fond de dévoiement du système judiciaire aux ordres. Les policiers, forts d’une rage trop longtemps contenue, déposent plainte en diffamation et traînent Gilles Perrault et le directeur de FR3 sur les bans de la chambre correctionnelle de Marseille. Les juges du Tribunal correctionnel ne seront pas dupes de l’utilisation qui a été faite des insinuations mensongères et diffamatoires pour l’honneur de ces hommes et distillées dans le livre « Le Pull-over rouge ». Inculpés, Gilles Perrault et le directeur de FR3 seront tous deux lourdement condamnés, sans circonstances atténuantes et la manipulation mise à nue, page après page, par les différents juges qui auront à connaître cette fois encore l’affaire et donc l’ensemble de la procédure criminelle. Le jugement sera frappé d’appel par les mis en cause, puis après une nouvelle condamnation  ils iront encore  en Cour de Cassation où, là encore, ils doivent reconnaître leurs manipulations. Rien n’y fait. PERRAULT et France 3 s’effondrent complètement. Ils ont diffamé, menti, trafiqué les faits sciemment.

Dans l’ensemble, la presse n’en fait pas la Une de ses journaux. Un silence de plomb fait suite aux lourdes condamnations. Il est vrai que la thèse de l’éventuelle innocence de Ranucci est plus racoleuse en termes d’audience et il ne serait pas politiquement correct de mettre aujourd’hui en cause des ministres qui ont tout vu, tout entendu, et surtout rien dit.

Et les ministres de la Justice qui succèderont à Badinter n’ont eu aucune envie malgré nos demandes de mettre leur nez dans cette affaire et donc permettre de dévoiler le pot aux roses sur Badinter. Le président Chirac l’Africain, mis au parfum, lui qui déteste les juges et les odeurs en particulier, sera peu enclin à soulever le couvercle de cette petite cuisine malodorante. Il file à l’anglaise aussitôt ma demande connue, sans se retourner, histoire de ne pas laisser ses empreintes dans cette affaire-là.  Il est vrai qu’il avait d’autres casseroles à polir. Bonjour les chinoiseries.

Je devrais donc me résigner. La justice préfère laisser planer le doute d’avoir guillotiné un innocent plutôt que de devoir reconnaître  une manipulation qui entachait une LOI, un ministre de la justice française, par complicité et/ ou incompétence.

Trente-trois ans plus tard, une bonne douzaine de livres  reprenant tous en chœur les dires du « Pull-over rouge », bon nombre d’émissions de télévision passées et à venir, toutes aussi partisanes les unes que les autres et avançant la thèse de l’innocence de Christian Ranucci et quelques téléfilms engagés plus tard, je présentais tout naturellement mes lettres de créances au candidat Nicolas Sarkozy. Lettres découlant du harcèlement que cette tromperie génère à l’encontre de ma famille – aidée en cela par la passivité judiciaire. J’avais de l’espoir au vu de ce que j’entendais ou lisais de ci, de là. Ce tout jeune président ne  recevait-il pas volontiers les familles de délinquants bravant ouvertement les Interdits de la République. Les chefs d’associations maffieuses qui n’hésitaient pas à tenter d’enlever des enfants par centaines pour les placer moyennant participation financière chez des particuliers à l’autre bout du monde !  Ce président-là n’avait décidément peur de rien !  N’avait-il pas déclaré qu’il serait le président du changement ? 

Mis au courant de ma demande par l’un de ses tous proches conseillers, sénateur de son état,  le Président s’est muré dans un silence plus que pesant. Pas même à la façon de l’éphémère ministre de la Justice Dominique Perben qui, lui, allait voir si décidément il n’était pas possible d’oublier au plus vite ma requête.

Il en va ainsi des petits et gros mensonges de la République. Décidément, mon barman préféré n’avait pas tort, lui qui m’avait entretenu un jour de son opinion sur les politiciens de tous bords, me déclarant : « Tu vois Pierrot, la politique c’est comme le mandarin citron… Un tiers de manipulation, un tiers de magouilles, un tiers de pots de vin, et tu rajoutes un gros tiers de promesses »

Maintenant, pour faire court. J’ai bien entendu questionné directement le petit Robert en question. Posé une question, des plus simplistes. Savoir si le petit Robert, pas la mine de connaissances qui porte presque le même patronyme, avait connaissance du dossier pénal et savait que Ranucci était, en plus d’un pédophile, un récidiviste avéré en matière d’enlèvement, et ce avant d’être le meurtrier reconnu de ma fille de 8 ans. Avant d’utiliser son dossier pénal devant le Parlement et disons-le tout net, nous projeter à la face du monde comme éventuels complices actifs des errements de la justice ? Bref, nous avoir mis  durablement dans la merde ! J’avais peur de l’entendre dire : « Oui, certes, je suis responsable mais pas coupable. », comme d’autres de ses camarades l’ont déclaré avant lui. Il n’en sera rien, et la réponse est à l’image de ce que j’entrevois du personnage. En 3D… Badinter  n’a  pas qualité pour répondre. Il doute seulement, sérieusement ! Alors se pose sérieusement la question du respect de la chose jugée. Du mauvais exemple que nous en donne le Petit Robert !

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